Et tout à coup le rythme lent du temps qui s’écoule répétitif et monotone, s’accélère, scandé par le bruit du mixer dans le lait banane, souple comme mon déhanchement accompagnant les battements de l’appareil sur les parois du saladier. Et tout à coup elle se met à danser, elle qui la minute d’avant déambulait en rond dans la cuisine, en parlant à celui ou celle qui envahissait sa vision, son esprit, sa vie ? Un sourire d’elle, un rire de moi et je me saisis de ce mouvement pour entonner une chanson, celle qui me traverse l’esprit à ce moment, sans choisir. Et elle se met à chanter de concert tout en continuant à danser. Je lui tends le mixer, elle qui dit toujours qu’elle ne sait pas faire, autant de fois que nécessaire jusqu’à ce que j’accuse réception. Elle s’en saisit et continue de mixer avec application.

Du rythme d’un mixer à un « rendez vous » danse hebdomadaire, il y eut plusieurs pas de danse improvisés, plusieurs chansons fredonnées, plusieurs mouvements du quotidien … imitation, plaisir, désir, limites, de temps et d’espace, temps rythmé et scandé pour qu’adviennent des mots échangés, des rires, de la comédie, des grimaces, du théâtre et tant d’autres mouvements autres que ceux du corps qui danse. Et la folie s’humanise, devient créatrice et paroles vivantes.